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N’ayez pas peur!

Mercredi 17 avril, les choses ont basculé.
Paris: des manifestants agressent des journalistes aux abords de l’Assemblée Nationale.
Lille: des skinheads ravagent un bar gay dans la capitale des Flandres.
Mercredi 17 avril, les choses ont basculé.

Depuis quelques mois nous assistons de part et d’autre à des échanges peu dignes concernant le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe. Et ce aussi bien en dehors des chambres du Parlement qu’en leur sein. Des politiques en profitent et se retrouvent une unité perdue, des militants orphelins un combat, des religieux une place publique. Recette explosive avec pour appareil la maladresse, sur la forme, du gouvernement.

Depuis quelques semaines nous assistons à des manifestations de plus en plus violentes, de plus en plus radicales, maintenant même masquées.
On assiste à des troubles à l’ordre public. On entend hurler qui fascisme, qui dictature, qui résistance et j’en passe. On peut s’étonner devant certains comportements: aux slogan anti-mariage pour tous se mêlent des “Hollande démission”; aux drapeau de la Manif pour tous se mêlent des drapeaux français; les bras se dressent vers le ciel au son de la Marseillaise, bafouée.
Mais que veulent ces gens? Que sous-entendent-ils? Les opposants sincères devraient être les premiers à le regretter: le sujet de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux personnes de même sexe me semble bien loin! Et le risque de dérive extrémiste dangereusement proche…

Mercredi 17 avril, les choses ont basculé.
Depuis quelques heures, ce risque de dérives n’en est donc plus un. C’est malheureusement une réalité. Une triste réalité.
Mercredi 17 avril, les choses ont basculé.

Alors face à ces comportements détestables, ne laissons pas la terreur s’installer. NOUS NE DEVONS PAS ACCEPTER que des vies soient mises en danger pour des raisons d’orientation sexuelle. Il ne s’agit pas de vies d’inconnus: il s’agit de la votre, de celle d’un parent, d’un proche, d’un ami. VOUS NE POUVEZ PAS ACCEPTER de vivre dans la crainte, qu’autour de vous des gens aient peur, craignent pour leur sécurité, pour des raisons d’orientation sexuelle. Que vous soyez homosexuel(le) ou hétérosexuel(le), peu importe. Mais si les mots Liberté, Egalité et Fraternité résonnent en vous, alors ne détournez pas les yeux; Ne jetez pas un voile sur ce qui arrive en ce moment même, car un bouc émissaire en appelle un autre. Dressez la tête et soyez fiers.

N’ayez pas peur.

Conscience Occulte, Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Vous nous expliquez, ce mardi, que “la loi s’applique pour tous dans le respect, néanmoins, de la liberté de conscience”. Vous reconnaissez par là même aux maires le droit de faire appel à la “liberté de conscience” pour refuser de célébrer des mariages homosexuels, dans l’hypothèse du vote de cette loi. Hier encore je n’imaginais pas écrire “dans l’hypothèse du vote de cette loi”; Et mes doigts tremblent de colère en l’écrivant.

La liberté de conscience dont vous parlez serait donc une autorisation de s’affranchir des lois. Ainsi, si ma conscience m’ordonne de ne pas verser d’impôts à fond perdu à un Etat en faillite et dont certains des élus me refusent l’égalité, dois-je cesser de le faire? Si ma conscience m’explique qu’il est injuste que je paie des services publics dont je ne bénéficie pas – justement en tant qu’homosexuel! – comme les crèches et allocations familiales, dois-je cesser de le faire? Evidement non! Car dans mon esprit ne cesse de résonner cette devise qui m’est chère: “Liberté Egalité Fraternité”. Devise gravée sur le fronton de ces mêmes mairies où vous venez d’ouvrir la porte pour laisser entrer l’inégalité. Il vous faut sans ambiguité la refermer le plus vite possible.

Si on restreint cette “clause de conscience” aux seuls mariages, elle ne peut évidement pas s’appliquer aux seuls mariages homosexuels, sous peine de devenir une officialisation de l’homophobie des élus qui y feraient appel. Elle devient alors la porte ouverte à toute les dérives possibles: un maire pourra ainsi demain refuser de célébrer les mariages mixtes, les mariages des noirs, les mariages de musulmans, les mariages de juifs… Cela vous semble inacceptable? Je suis d’accord. Alors pourquoi consentir à l’autoriser pour des mariages homo? D’ailleurs l’Association des Maires Ruraux de France s’est déclarée hostile, ce 26 octobre dernier, à l’instauration d’un tel “droit de conscience”.

Entre nous, je vous l’avoue, que le maire refuse de marier et laisse son adjoint le faire m’importe peu. C’est surtout la République à laquelle j’appartiens et que vous représentez qui devrait en avoir honte. Et en proposant d’officialiser ce refus, c’est VOUS qui devriez en avoir honte, autant si ce n’est plus qu’eux.

J’étais déjà exaspéré de voir déferler dans mes rues, dans vos rues, dans nos rues de France, des cortèges refusant l’égalité et des manifestations flagrantes d’homophobie. De voir qu’aujourd’hui encore l’ignorance, la bêtise et l’obscurantisme trouvent un terreau fertile dans notre démocratie laïque. Mais les intolérances de tous les jours ne seront jamais vaincues. Ainsi, l’égalité de couleur n’a pas empêché le racisme banal et quotidien que subissent chaque jour certains de nos compatriotes. On ne peut s’en satisfaire mais le constat est là, et ces manifestations ne sont donc pas une surprise. Mais en tenant ces propos, c’est vous qui me poussez dans la rue aussi souvent qu’il sera nécessaire, et ce jusqu’à la fin de l’inégalité des droits. Il y a plus déterminés que ceux qu’on ignore Monsieur le Président: ceux à qui l’on promet pour se dédire.

Depuis que vous avez été élu j’ai demandé mon compagnon en mariage. Pas en PACS, en mariage. Et tout autour de nous les gens nous félicitent, se réjouissent de notre bonheur et de la grande célébration de notre amour que sera ce jour. Ce jour de mai 2014. Un samedi, comme tout mariage. J’ai proposé à mon compagnon le samedi 10 mai 2014, date symbolique s’il en est. Mais nous allons à nouveau y réfléchir, car visiblement vous ne semblez pas à la hauteur du courage politique de votre illustre prédécesseur.

Nicolas LEPLAT, fiancé

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